En ce début d'année 2021, les doutes subsistent encore dans tous les domaines. Le monde du rugby est touché, mais ce n'est pas le plus à plaindre. Les matchs professionnels se tiennent malgré quelques reports, les transferts sont toujours au beau fixe et il est possible pour les amateurs de s'entraîner s'ils le désirent. Il faut savoir se remettre à une place décente dans des moments difficiles et en ce début de pandémie, on a pu entendre des discours de présidents souhaitant se tirer la couverture pour éviter d'être celui qui a le plus froid. Compréhensible, mais pas des plus adaptés à la situation.
Prochainement, le Tournoi des 6 Nations devrait se tenir. Une compétition internationale regroupant les meilleures équipes européennes et donc, les meilleurs joueurs. Si les stades sont vides de cris, les canapés sont déformés d'arrière-trains. Le Tournoi continue d'attirer du monde et continuera encore et encore. C'est aussi une superbe vitrine pour le rugby en plus de l'apport sportif qu'un tel événement se tenant chaque année peut apporter.
J'aimerais que vous puissiez lire ce dernier paragraphe au féminin, mais il n'en sera rien cette année. Le comité d'organisation des 6 Nations a décidé de reporter le Tournoi féminin et moins de 20, tout en faisant son possible pour le grand Tournoi des hommes. Les raisons semblent découler du statut non-professionnel des joueuses. Ne faisons pas d'efforts pour trouver des solutions, concentrons-nous sur les hommes. Dommageable. Cependant, le Tournoi tend à être reporté au printemps, voir cet été. Mais l'annulation serait une hérésie, bien qu'elle nous pende au nez. Lors du dernier Tournoi, le match face à l'Irlande a été annulé. Le XV de France aurait-il connu le même sort ?
Si Ben Morel (directeur général des 6 Nations) a déclaré que cette décision n'a pas été prise à la hâte, on peut tout de même émettre des doutes. On ne sait pas si toutes les possibilités ont été étudiées, mais on l'espère. Le statut des joueuses a donc joué sur cette décision de report, mais une bulle sanitaire pour les joueuses était possible. Les conditions sont certes compliquées, le tennis a isolé ses membres dans leurs chambres d'hôtel en quarantaine à Melbourne, à 3 semaines de l'Open d'Australie. Au rugby, une bulle sanitaire est plus difficile. Les pratiquants ne pouvant jouer plusieurs fois dans la semaine, il faudrait une longue durée dans un lieu défini. Certaines joueuses anglaises espèrent que lors du report, aucun match ne sera mis en concurrence avec le 6 Nations féminin. Une meilleure visibilité est la seule condition au développement du sport féminin.
Dans 9 mois, les Françaises décolleront pour le prochain Mondial organisé dans l'hémisphère Sud. Elles retrouveront l'Angleterre, l'Afrique du Sud et les Fidji dans la poule C. 9 mois. La préparation à une Coupe du monde passe par des matchs du même niveau. Les Françaises ne sont pas les seules à ne pas jouer, certes, mais comme me dit ma mère : "les autres, on s'en fout". La seule solution pour la FFR a été de mettre en place un stage de préparation en respectant les règles sanitaires en vigueur, mais toujours sans matchs. La Coupe du monde arrive à grands pas et prendre du retard n'est pas la meilleure des solutions pour le développement du rugby féminin. Mettre en vue les choses poussent à les voir, c'est pareil pour le rugby féminin.
La France a vu ses effectifs féminins doubler depuis 7 ans avec une pointe à 23 000 licenciées en 2020. Ne parlons même pas des personnes qui estiment peu le rugby féminin, parlons entre grandes personnes. Si le Tournoi masculin est autorisé, pourquoi le Tournoi féminin n'aurait pas lieu ? A croire que les femmes sont plus vulnérables au SARS-CoV-2. L'argument des contrats professionnels se tient, dans un contexte sanitaire compliqué. Mais ce même contexte sanitaire peut faire des exceptions et permettre à des joueuses de pratiquer le sport qu'elle désire. Les professionnels ont eux l'occasion d'assouvir leur métier, lorsque d'autres corps de métier moins vendeurs n'ont pas le droit. En prenant la décision de reporter le Tournoi, c'est un aveu de faiblesse du rugby, symptomatique de ce qu'il se passe. Ne pas faire jouer le Tournoi des 6 Nations est un aveu de faiblesse dans une crise mondiale qui exacerbe les critiques. Quand tout va mal, les plus hautes sphères peuvent vivre. Les autres ? Quelles autres ?
Ailleurs qu'en France, un mouvement s'est fait entendre. Il s'agit du #Icare. Oui, encore un hashtag. Mais ce n'est qu'un symbole. Si les fans estiment que le report du 6 Nations féminin est une décision judicieuse, des questions peuvent être posées. La numéro 10 de Bristol et du Pays de Galles Elinor Snowswill, est celle qui parle le mieux de cette tendance au bashing du sport féminin : "Je ne me soucie pas particulièrement du football masculin, alors quand je vois un article sur le football masculin, je fais quoi ? Je continue à faire défiler et je m'y penche pas. Je continue ma vie. Je ne perds certainement pas un temps précieux à commenter les articles sur le football masculin sur le fait que je m'en fiche. Ces hommes qui trollent des articles sur le rugby féminin pensent-ils vraiment que nous allons croire qu'ils s'en fichent ? Sont-ils vraiment stupides ? Le simple fait de commenter pour déclarer que tu t'en fiches prouve que le contraire est vrai." En France, peu de messages de soutiens se sont fait entendre après le report du Tournoi. Bien évidemment, aucunement besoin de la validation des hommes pour une joueuse, mais montrer son intérêt en tant que joueur professionnel est sûrement la meilleure réponse aux trolls. Le report du Tournoi est donc dangereux, donnant du grain à moudre aux personnes ne considérant pas le rugby féminin comme il devrait l'être : un sport.